Il y a quelque temps, on m'a demandé de rédiger un texte concernant le Quartier Latin, pour un collectif d'écrivains. Il s'agit de faire revivre un souvenir m'attachant à ce lieu qui fut celui de ma jeunesse, celui de mes études. Un livre regroupant tous ces textes, verra le jour et les droits seront reversés en aide aux victimes des attentats de Paris. J'ai naturellement accepté avec enthousiasme de soutenir ce projet ! Je publie ici un court extrait. L'écrire fut pour moi source d'émotion. J'espère, humblement, la faire partager à tous ceux qui achèteront ce petit livre.

 

IN MEMORIAM

 

Il est des jardins secrets que l’on entrouvre avec émotion, au hasard d’un souvenir ou d’une déambulation, tandis que nos pas nous mènent en un lieu évocateur où s’écrit, comme sur la page d’un grimoire, un peu de notre histoire…

Ainsi en va-t-il pour moi du Quartier latin.

Jeunesse enfuie, passé révolu mais sensation très vive encore. Écrin niché au cœur de ma mémoire, dont la place de la Sorbonne serait le joyau. Il n’est pas une fois où, arrivant depuis la rue de Vaugirard face à ce temple du savoir, mon cœur ne batte plus fort devant ce cadre grandiose qui fut le théâtre de mes années d’étudiante.

  Je suis née en mai 1968.

À cette époque, le Quartier latin vivait une agitation sans pareille. Est-ce pour cela que je me sens éprise de liberté, et par ailleurs tellement éloignée de toute forme de violence ? Lorsque je posai pour la première fois le regard sur ma chère Sorbonne, en 1985, après l’obtention de mon baccalauréat, ce fut sous un ciel bleu, dans un climat serein. Envolées, les barricades ; évanouies, les manifestations : je commençai mes études de Lettres avec passion, dans un arrondissement superbe niché en bord de Seine, profondément consciente du privilège qui était le mien...