Passionnément Gainsbourg

   Figure médiatique emblématique de la fin du XXe siècle, Serge Gainsbourg disparaît le 2 mars 1991, laissant l’image d’un compositeur à succès talentueux, certes sulfureux et provocateur, mais aussi blessé et à fleur de peau.

   Or, si nombreux sont ceux qui affirment s’inspirer de lui, personne ne parvient à lui emboîter le pas : Gainsbourg est plus qu’un compositeur à textes, c’est un poète véritable, qui s’inscrit dans la lignée de ses aînés du XIXe siècle, dont il s’est si souvent inspiré.

   A la suite de Rimbaud et surtout de Verlaine, il s’empare des grands thèmes romantiques, torturant son âme pour exorciser son mal de vivre dans des textes poignants et incisifs, sur des mélodies empruntées à de grands musiciens classiques ou nées de son imaginaire de pianiste de bar.

  Maniant la langue française en virtuose, jouant de la sonorité des mots comme de leur sens, il s’adresse à un public sans cesse renouvelé avec une sincérité bouleversante.

  Karin Hann restitue ici la richesse des œuvres de Gainsbourg en révélant parfois la face cachée de ses écrits. Fruit d’une longue recherche, ce livre met en lumière le caractère exceptionnel de cet artiste complexe, ainsi que son immense culture.

  Un hommage, qui l’inscrit définitivement dans la tradition des grands poètes maudits et qui est, à n’en pas douter, passionnément Gainsbourg.

 

 

 


   À l’occasion de l’anniversaire des vingt-cinq ans de la disparition de Serge Gainsbourg (le 2 mars), Karin Hann publie un livre de fond sur l’œuvre de ce grand artiste, lequel dépasse – et de loin – le compositeur-interprète à succès pour s’inscrire dans la veine de nos grands poètes classiques.

   Une fois de plus, après avoir publié Marcel Pagnol, un autre regard, ouvrage salué par la critique, Karin Hann met son talent de chercheuse et sa passion pour la littérature au service d’un livre original comme il n’en existait pas encore sur la « planète Gainsbourg ».

   Quels étaient ses thèmes de prédilection ? Comment ont-ils évolué au fil du temps ? Était-il misogyne ? Quelle relation entretenait-il avec la création et l’écriture ? Quelle filiation a-t-il avec Rimbaud, Mallarmé, Verlaine, Baudelaire ou Lautréamont ?

   Au-delà du showman provocateur, Gainsbourg a laissé un héritage littéraire, une conception de la poésie qu’il a théorisée  et appliquée dans sa production artistique. Tout cela constitue un patrimoine dont le xxe siècle peut s’enorgueillir. Cette richesse est ici mise en lumière, dans une approche accessible mais rigoureuse qui permettra de découvrir autrement « l’homme à la tête de chou ».

   Voyage parmi ses œuvres et celles des grands écrivains et compositeurs classiques auxquelles elles font parfois écho, ce livre rend à Serge Gainsbourg un hommage vibrant, mettant en évidence son unicité et peut-être même son génie.

 

 

 


Gainsbourg a toujours fait partie de ma vie.

Enfant, j’entendais Je t’aime moi non plus sans bien sûr en comprendre les paroles et j’adorais cette mélodie sensuelle et élégante. En grandissant,  je me suis aussi intéressée à ses mots. Passionnée de littérature, amoureuse de la langue française, je ne pouvais qu’être sensibilisée par le traitement que Gainsbourg lui réservait dans ses textes, enchaînant les images audacieuses, recherchant les correspondances avec les grands poètes, fracassant les syllabes pour faire saillir la rime, créant des néologismes tous plus pertinents les uns que les autres.

On me demande pourquoi après un essai sur Pagnol, j’ai choisi de consacrer un livre à Gainsbourg dont l’univers est si radicalement différent. La réponse se trouve là : ces deux auteurs m’ont toujours accompagnée. L’un me rend heureuse, l’autre a su mettre des mots sur mes chagrins. Mais tous deux parlent de l’éternel humain.

Dès que l’on découvre l’amour, on rencontre Gainsbourg.

Aux premiers tourments, aux premières déceptions, on se sent happé par la magie de ses évocations, envoûté par son univers. En 1988, j’ai eu le privilège d’assister à son concert au Zénith. Cette soirée reste à jamais gravée dans ma mémoire. J’ai vu un immense artiste donner le maximum à son public, bouleversant de sincérité, extraordinairement professionnel et extrêmement talentueux. Une réelle présence sur scène, du charisme même, au service de mélodies somptueuses sur lesquelles se posait sa voix sensuelle, révélant ses fêlures, mais aussi son plaisir à être là, simplement, parmi les gens qui l’aimaient.

Comme Pierre Desproges dans un tout autre genre, Gainsbourg a une approche de la langue française qui est sans égal et absolument inimitable. S’inscrivant dans la lignée des poètes du XIXe, lesquels ont ma préférence, il a toujours été pour moi source d’inspiration. Lorsque j’écris de la poésie, c’est en ayant ses mots à l’esprit et chanter les chansons de Serge suscite toujours chez moi une grande émotion.

A l’occasion des vingt-cinq ans de sa disparition, j’ai voulu, modestement, lui rendre cet hommage. Il m’a donc accompagnée durant une année. Une année où j’ai visionné ses interviews, fouillé ses textes, écouté sa musique, recherché des détails qui auraient pu m’échapper, compilé ses chansons pour les mettre en perspective avec les œuvres des poètes majeurs du siècle romantique.

Un vrai bonheur.

Une année de poésie mais aussi de souvenirs. Parce que Gainsbourg, c’est toute la vie.

Et c’est aussi la mienne.

 

 


 Lucien Ginsburg naît le 2 avril 1928 à Paris. Fils d’immigrants russes juifs qui ont fui le bolchévisme et l’antisémitisme du régime stalinien, il se trouve confronté très vite en France à la même barbarie : celle des nazis et du régime du Vichy. Contraint de se cacher dans son enfance, Lucien gardera toute sa vie un sentiment de peur et d’insécurité qui transparaît dans toute son œuvre. Élevé par un père pianiste de bar, il est rompu à la formation classique. Après avoir quitté les Beaux-Arts, il embrasse lui-même cette profession et commence à écrire ses propres textes. Il change alors son nom et se fait appeler Serge Gainsbourg.

Son ambition et sa curiosité le poussent à explorer de nombreux domaines. Il sera auteur-compositeur et interprète, mais aussi scénariste, metteur en scène, acteur, cinéaste, photographe et écrivain. Il devient père de deux enfants d’un mariage qui tourne court, puis, après avoir été l’amant de Brigitte Bardot – ce qui n’est pas sans contribuer à sa légende –, il fait une rencontre décisive en la personne de Jane Birkin qui partagera sa vie durant plus de dix ans et lui donnera une fille, Charlotte, aujourd’hui actrice et chanteuse. Jane devient sa muse inspiratrice, son égérie, son plus grand bonheur, mais aussi sa douleur ineffable. Lorsqu’elle le quitte, Serge choisit de poursuivre leur duo artistique et rédige alors ce qui compte parmi les  textes les plus aboutis de toute son œuvre, laquelle est colossale (plus de 800 titres). Il refait sa vie avec Bambou dont il aura un fils, Lucien, aujourd’hui compositeur de talent.

Cynique et désabusé, Gainsbourg se crée un double qu’il nomme Gainsbarre, et accumule les provocations dans les médias.

Il meurt, épuisé et malade de l’alcool le 2 mars 1991, laissant une empreinte dans le monde musical, mais aussi littéraire. À la suite des poètes maudits dont il s’est inspiré, il a livré ce qui s’inscrit aujourd’hui parmi les plus beaux poèmes du XXe siècle.