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Réduire la dette en sauvegardant le patrimoine ? C'est possible !

Mon article paru sur le site des Échos :

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Manuscrits de La Gloire de mon père

J'ai travaillé sur l’œuvre de Marcel Pagnol durant sept années à la Sorbonne. Après avoir étudié "l'amour", puis "l'humour et la poésie" chez cet auteur, je me suis attelée à l'étude de son style en doctorat. Que n'aurais-je donné alors pour pouvoir consulter ses manuscrits, comme j'avais appris à le faire en recherche génétique pour d'autres écrivains, sur les microfilms de la Bibliothèque nationale ! Percer la rature, comprendre les repentirs, analyser le mode opératoire de celui dont j'avais fouillé les textes jusqu'à les connaître par coeur !

Cette idée demeurait lancinante encore presque vingt ans plus tard lorsque je repris mon énorme dossier préparatoire de thèse afin d'écrire un ouvrage de vulgarisation sur le sujet. Mon but était de partager mes découvertes avec le plus grand nombre et de transmettre le plaisir que j'avais pu ressentir à explorer ces sentiers ensoleillés. Lorsque Jessica Nelson (avec qui j'ai travaillé de nombreuses années à TF1), devenue éditrice aux Saints-Pères, m'a contactée pour me demander si je pouvais la mettre en relation avec Nicolas Pagnol, je l'ai fait avec empressement et le projet s'est enfin concrétisé. Le temps était venu. S'en est suivi un travail passionnant, des découvertes d'une émotion incroyable, des discussions sans fin sur le bien-fondé de tel texte plutôt que tel autre, le plaisir de se retrouver pour travailler de nouveau ensemble dans une autre relation, celle d'un écrivain avec son éditeur. J'ai rédigé toutes ces pages de présentation avec un enthousiasme qui n'a pas faibli et je porte ce projet aujourd'hui avec le même élan. Je voudrais dire ici que Jessica m'a épatée par ses talents d'éditrice. Nous avons peaufiné le texte avec des fous-rires mais aussi beaucoup de sérieux. Je souhaite de tout coeur être parvenue à faire comprendre le mystère que récèle un manuscrit, sa beauté, son unicité. Cette édition limitée de La Gloire de mon père est le premier "beau livre" auquel je participe. Et j'en suis diablement fière !

Extrait :

Les manuscrits de Marcel Pagnol enfin en lumière !
Un trésor ! Un instantané de l’écrivain au travail qui devient dorénavant accessible au grand public et aux chercheurs.
On ne dira jamais assez combien ce retour aux sources, à l’écriture et aux remaniements de l’auteur, peut être riche d’informations. À travers la publication de la Gloire de mon père, voici venu le temps des secrets ! Avec ses plumes sergent-major, sur ses cahiers d’écolier, Pagnol nous révèle une part de sa réflexion. Sa calligraphie, ronde et sensuelle, témoigne sous nos yeux de son processus créatif et de ses intentions.
Lorsque j’ai écrit Marcel Pagnol, un autre regard [1], j’ai vivement appelé de mes vœux l’exhumation de ses manuscrits pour la recherche littéraire future, car même si l’on peut s’abandonner à la splendeur du texte, rendu très intelligible par un graphisme parfait, et ne voir dans la présente édition qu’un vestige de ce qui figure parmi les plus belles pages de la littérature française, le chercheur – ou le passionné – se délectera de cette mine d’enseignements que constitue l’analyse génétique d’une œuvre.
La grande découverte, en ce qui concerne Pagnol, est la multiplicité des récits. Il n’existe pas un manuscrit de la Gloire de mon père, mais des variantes de son histoire. La difficulté a donc été d’en dégager les similitudes et les divergences, puis d’opter pour une ligne éditoriale cohérente, afin de proposer une narration suivie qui se rapproche de la version finale dans son entièreté. Que de questionnements ! L’enjeu était de taille, car ces pages ne forment pas un avant-texte, comme on pourrait s’y attendre, c’est-à-dire des lignes sensiblement équivalentes à celles que nous connaissons, à quelques corrections sur épreuves près ; elles s’assimilent plutôt à ce que j’appellerais un « métatexte », en d’autres termes à plusieurs relations d’un même épisode, fascinantes par leur unicité et leur singularité.
Et c’est ce qui fait la richesse de cette publication. Pour la première fois, en effet, Marcel Pagnol, qui, à maintes reprises, a théorisé la méthode de réalisation de ses films, nous révèle, en creux, son mode opératoire quant à l’écriture.
J’ai longtemps lutté pour faire admettre que, contrairement aux idées reçues, ladite écriture n’était pas du « langage parlé ». L’étude de l’œuvre dans son entier montre clairement que la simplicité et la sobriété de son verbe dissimulent une intense recherche d’épurement du style. Témoins ces élans de jeunesse, telles Pirouettes ou la Petite Fille aux yeux sombres, où Pagnol apparaît extrêmement précieux et ampoulé. Rappelons qu’il admirait sans réserve Edmond Rostand et qu’il ambitionna, au début de sa carrière, de parvenir à la rédaction d’une pièce en vers ; la prose, forme d’art mineur à ses yeux, lui paraissant trop futile. Il a, par la suite, découvert la difficulté à énoncer joliment, à créer de belles images, à produire des dialogues qui, selon ses propres mots, « ont la vie ». Et il s’en est expliqué. Parce qu’il souhaitait publier des alexandrins, il a d’abord commencé par s’exprimer avec grandiloquence.
L’écriture de Pagnol est comme un diamant brut qui aurait été taillé au fil du temps par son talent et par son labeur. Preuve est faite que cette analyse était juste.
Mais comment a-t-il procédé ?

[1]. Éditions du Rocher, 2014.

Mon Quartier latin

On m'a demandé de rédiger quelques pages concernant le Quartier Latin, pour un collectif d'écrivains. Il s'agissait de faire revivre un souvenir m'attachant à ce lieu qui fut celui de ma jeunesse, celui de mes études. Un livre regroupant tous ces travaux vit le jour et les droits furent reversés en aide aux victimes des attentats de Paris. J'ai naturellement accepté avec enthousiasme de soutenir ce projet ! Je publie ici ce texte (cliquer en bas de l'extrait sur "lire la suite" pour le lire en intégralité). L'écrire fut pour moi source d'émotion. J'espère, humblement, la faire partager.

 

IN MEMORIAM

Il est des jardins secrets que l’on entrouvre avec émotion, au hasard d’un souvenir ou d’une déambulation, tandis que nos pas nous mènent en un lieu évocateur où s’écrit, comme sur la page d’un grimoire, un peu de notre histoire…
Ainsi en va-t-il pour moi du Quartier latin.
Jeunesse enfuie, passé révolu, mais sensation très vive encore. Écrin niché au cœur de ma mémoire, dont la place de la Sorbonne serait le joyau. Il n’est pas une fois où, arrivant depuis la rue de Vaugirard face à ce temple du savoir, mon cœur ne batte plus fort devant ce cadre grandiose qui fut le théâtre de mes années d’étudiante.
Je suis née en mai 1968. À cette époque, le Quartier latin vivait une agitation sans pareille. Est-ce pour cela que je me sens éprise de liberté, et par ailleurs tellement éloignée de toute forme de violence ? Lorsque je posai pour la première fois le regard sur ma chère Sorbonne, en 1985, après l’obtention de mon baccalauréat, ce fut sous un ciel bleu, dans un climat serein. Envolées, les barricades ; évanouies, les manifestations : je commençai mes études de lettres avec passion, dans un arrondissement superbe niché en bord de Seine, profondément consciente du privilège qui était le mien.